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Gaskell, Elizabeth Cleghorn, 1810-1865

"ë — Volume 1"

Je vous le dis, j'ai reflechi pour vous; c'est la qu'il
doit etre et non pas ailleurs. Quant a Napoleon, homme, soldat, je
n'ai rien contre lui; c'est un lion royal, aupres de qui vous n'etes
que des chacals. Mais Napoleon Empereur, c'est autre chose, je
l'extirperai du sol de l'Europe.' Et celui qui parla ainsi toujours
sut garder sa promesse, celle-la comme toutes les autres. Je l'ai
dit, et je le repete, cet homme est l'egal de Napoleon par le genie;
comme trempe de caractere, comme droiture, comme elevation de pensee
et de but, il est d'une tout autre espece. Napoleon Buonaparte etait
avide de renommee et de gloire; Arthur Wellesley ne se soucie ni de
l'une ni de l'autre; l'opinion publique, la popularite, etaient choses
de grand valeur aux yeux de Napoleon; pour Wellington l'opinion
publique est une rumeur, un rien que le souffle de son inflexible
volonte fait disparaitre comme une bulle de savon. Napoleon flattait
le peuple; Wellington le brusqne; l'un cherchait les
applau-dissements, l'autre ne se soucie que du temoignage de sa
conscience; quand elle approuve, c'est assez; toute autre louange
l'obsede. Aussi ce peuple, qui adorait Buonaparte s'irritait,
s'insurgeait contre la morgue de Wellington: parfois il lui temoigna
sa colere et sa haine par des grognements, par des hurlements de betes
fauves; et alors, avec une impassibilite de senateur romain, le
moderne Coriolan toisait du regard l'emeute furieuse; il croisait ses
bras nerveux sur sa large poitrine, et seul, debout sur son seuil, il
attendait, il bravait cette tempete populaire dont les flots venaient
mourir a quelques pas de lui: et quand la foule, honteuse de sa
rebellion, venait lecher les pieds du maitre, le hautain patricien
meprisait l'hommage d'aujourd'hui comme la haine d'hier, et dans les
rues de Londres, et devant son palais ducal d'Apsley, il repoussait
d'un genre plein de froid dedain l'incommode empressement du peuple
enthousiaste.


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